Un poet de la liberté, de la Justice et de l’amour RÛMÎ – Dr. Ergin ERGÜL

INTRODUCTION 

Comme un compas, un pied fixé sur ma foi, l’autre pied circule dans les 72 nations. Rûmî

 Mawlanâ Jalâl ad-Dîn Mohammed, plus connu en Occident sous le nom de Rûmî, est l’un des plus grands génies de l’histoire humaine et une personnalité hors du commun à la sagesse universelle. Huit siècles plus tard, il continue d’éclairer les chercheurs de sens, en quête d’eux-mêmes ou de la vérité. Rûmî est un guide sans pareil et une source d’inspiration unique, aussi bien dans la recherche d’un mieux-être personnel que dans la quête d’une solution aux nombreux problèmes qui affligent le monde.

 Sa pensée s’exprime par des métaphores à la fois originales et éblouissantes dans lesquelles il se compare à une flûte ou à un compas pour mettre en exergue son rôle de guide :

Soixante-douze[1] peuples entendent de nous leur propre mystère, nous sommes comme une flûte qui, dans un seul mode, s’accorde avec deux cents religions et sectes. [2]

Comme un compas, un pied fixé sur ma foi, l’autre pied circule dans les 72 nations.[3]

La vie, l’œuvre et la pensée de Rûmî en ont fait l’une des figures universelles les plus étudiées. Bien que pas un jour ne passe sans que de nouvelles découvertes fascinantes sur les mystères de l’univers ne viennent enrichir notre connaissance et s’ajouter aux découvertes passées, de nombreux autres domaines sont encore inexplorés, alors même qu’il suffirait de puiser à la sagesse de Rûmî et de son œuvre visionnaire.

D’où la nécessité de voir son œuvre redécouverte, d’encourager des chercheurs de toutes disciplines à s’en emparer, interpréter et systématiser sa pensée pour faire la lumière sur les problèmes mondiaux actuels. La quête fondamentale de la justice et de la paix, commune à l’ensemble de l’humanité est plus que jamais d’actualité, à l’instar de la période troublée et instable dans laquelle a vécu Rûmî. C’est de ce constat que m’est venue l’idée de cet ouvrage où je me suis attelé à réétudier l’ensemble de l’œuvre[4] de Rûmî au prisme de la paix et de la justice universelle.

Par  conséquent, cette étude doit être considérée comme une approche personnelle qui découle de mon expérience de juriste et d’administrateur, admirateur émerveillé par les idées en matière de  justice et de paix de cet immense guide de l’humanité.

Cet ouvrage est donc le fruit d’une approche personnelle  inspirée de mon expérience de juriste et de haut-fonctionnaire émerveillé par les idées prônées par cet immense guide de l’humanité en matière de paix et de justice. Les réflexions et considérations que m’a inspirées l’œuvre intemporelle de Rûmî puisent directement leur source dans l’immense sagesse que j’ai cru pouvoir déceler en elle, dans l’espoir qu’elle inspire les juristes, universitaires, hommes politiques, hauts fonctionnaires et décideurs  souhaitant œuvrer en faveur de la justice et de la paix. Cette sagesse dynamique, vibrante, cette profondeur qui affleure sous chacun de ses poèmes méritent d’être mieux et plus étudiées et sous des perspectives différentes.

Les paroles pleines d’espoir de Rûmî sont comme un vent nouveau ou une bouffée d’air frais, son message de justice, de liberté et de paix est comme un baume en ces temps troublés. C’est ce qui fait toute la valeur de sa pensée pour les individus et les sociétés de notre temps.

Talat S. Halman exprime cette vérité en ces termes : A une époque où le monde aspire à une paix et une solidarité nouvelles, Rûmî n’est pas qu’une saison caressant le cœur, mais un monde de vertus dont la philosophie et les idéologies contemporaines devraient s’inspirer.[5]

 Accéder aux trésors de sagesse que recèlent l’œuvre  de Rûmî suppose avant toute chose de changer le regard que nous posons sur lui, et le considérer moins comme une grande figure historique ou un poète soufi parmi les plus célèbres, comme un guide et une source d’inspiration à même d’apporter des réponses aux problématiques sociales et scientifiques actuelles. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut espérer tirer profit des horizons infinis de sa pensée et de l’océan de sagesse qu’il dévoile dans tous les domaines.

L’individu qui a su développer une connaissance intime de Rûmî s’affranchit de toutes limites, se débarrasse de l’illusion trompeuse de sa servitude et  fait l’expérience d’une liberté intérieure infinie qui lui ouvre de toutes autres perspectives. Cet individu déborde d’énergie, d’enthousiasme et d’optimisme; survole toutes les difficultés avec patience et persévérance et s’attache à faire ressortir le meilleur de chacun sans porter atteinte à l’individualité de qui que ce soit. Toute personne qui chemine et travaille selon sa conscience, en accord avec les dispositions de son âme et mue par cette forme de paix intérieure absolue découvre ce sens de la justice et de la paix dans son for-intérieur. Cet état de justice et de paix rayonne autour de lui. La liberté du cœur est meilleure que tout[6]dit Rûmî.

L’intellectuel Sami Banarlı exprime un sentiment similaire : L’homme, qu’il soit juge, homme d’État, homme de science, artiste, théologien, poète ou autre chose encore n’est homme que dans la mesure où il a une conscience dans son for-intérieur. À cet égard, diriger un Etat, rendre la justice ou réaliser une œuvre d’art est, au fond, un hymne à l’esprit humain. [7]

Les perles de sagesse contenues dans l’œuvre de Rûmî défient le passage du temps et constituent parfois une source inédite d’inspiration pour le lecteur attentif, pour peu que celui-ci, au-delà de la lecture, les fassent siennes et prennent à cœur de s’y référer dans ses activités et l’exercice de ses fonctions.

Rûmî considère les livres comme une nourriture de l’esprit et une médecine de l’âme en insistant sur la nécessité de transformer le savoir abstrait en sagesse pratique :

Bien que le but final d’un livre soit la science qu’il contient, cependant, si vous en faites un oreiller, il servira à cela aussi ;

Mais ce rôle d’oreiller n’était pas son but : le but final était le savoir et la connaissance et la direction juste et le profit.

Si vous faites de l’épée un clou, vous préférez la défaite à la victoire. [8]

En résumé, cette étude s’adresse aux hommes d’Etat, juristes, experts et administrateurs des quatre coins du monde, pour rappeler qu’il existe, dans le trésor de la sagesse de Rûmî, de très nombreux aspects dont ils peuvent s’inspirer pour forger des solutions durables et justes aux problèmes mondiaux et établir un climat de justice et de paix dont l’humanité a si désespérément besoin. Heureux celui qui bénéficie de ce trésor inestimable et de la mer des perles infinies qui se nomme Rûmî.

 Table des matières 


[1] C’est-à-dire, des nombreux.

[2] Chams ad-Din Aflaki , “Les saints des derviches tourneurs. Récits traduits du persan et annotés par Cl. Huart, Paris 1922, Tome II, p.97.

[3] C’est- à -dire, les gens de tous les pays, B. Fürûzanfer, Mevlana Celaleddin, (Çev.Feridun Nafiz Uzluk), Konya Valiliği İl, Kültür ve Turizm Müdürlüğü, Konya 2005, IV , il dit aussi dans l’une de ses odes:

Dis des ghazals tel qu’on les récite cent siècles durant :

Une étoffe tissée par Dieu ne connaît jamais l’usure.

[4]Le Mathnawi, le Livre du Dedans, les Quatrains, les Odes mystiques,  ses Recueils de prédications, ses Lettres ainsi que certains ouvrages qui lui sont consacrés  tels que la biographie écrite par Aflaki. Les citations de Rûmî  sont empruntées aux traductions françaises d’Eva de Vitray Meyerowitch. Les œuvres de Mme de Vitray-Meyerowitch et du penseur Mohammed Ikbal me paraissent constituer des sources indispensables pour qui souhaite mieux comprendre la pensée de Rûmî dans une optique contemporaine.

[5]Talat Sait Halman, Sevda Yüce Gözlerle: Rubailer, İstanbul 2004, p.9

[6]Eva de Vitray Meyerowitch,Rubâi’yât,Albin Michel, Paris 1993, p.137

[7]Nihad Sâmi Banarlı, Tarih ve Tasavvuf Sohbetleri, Kubbealtı, 4. Baskı, İstanbul 2008.

[8]Eva De Vitray-Meyerovitch/Djamchid Mortazavi, Mathnawi, La quête de l’absolu, édition du Rocher, Paris 2004, v. III/2989-2992, p.713.


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